Contrôle restreint en Suisse : obligations, opting-out et préparation
Le contrôle restreint concerne de nombreuses PME suisses. Son périmètre, les conditions de renonciation et les obligations en cas de difficultés financières sont souvent confondus. Ce article vous aide à identifier le régime applicable et à préparer un dossier de révision complet.
L’essentiel sur le contrôle restreint
Le contrôle restreint est une révision légale des comptes annuels adaptée notamment aux PME suisses constituées en SA ou Sàrl. Il repose sur des entretiens, des analyses et des vérifications détaillées appropriées. Il procure une assurance limitée, sans garantir l’absence de toute erreur.
- Le contrôle restreint s’applique lorsque le contrôle ordinaire n’est pas requis, sauf renonciation valable.
- L’opting-out suppose notamment un effectif ne dépassant pas dix emplois à plein temps en moyenne annuelle et l’accord de tous les actionnaires ou associés.
- Depuis 2025, la renonciation d’une société existante ne vaut que pour les exercices futurs, avec une réquisition avant leur début.
- Une perte de capital peut déclencher une obligation de contrôle même en présence d’un opting-out.
Quelles sociétés sont concernées ?
Pour une SA ou une Sàrl, il faut d’abord examiner si un contrôle ordinaire est exigé. Il concerne notamment les sociétés qui dépassent deux des trois valeurs suivantes au cours de deux exercices successifs :
| Critère | Valeur à dépasser |
|---|---|
| Total du bilan | 20 millions CHF |
| Chiffre d’affaires | 40 millions CHF |
| Effectif moyen annuel | 250 emplois à plein temps |
Le seul dépassement d’un critère ne suffit pas à déclencher le contrôle ordinaire sur la base de ce test. Les sociétés ouvertes au public ou légalement tenues d’établir des comptes consolidés sont également concernées selon les dispositions applicables. Des actionnaires représentant au moins 10 % du capital peuvent exiger un contrôle ordinaire ; les statuts ou une décision de l’assemblée générale peuvent aussi le prévoir.
Si aucun de ces motifs ne s’applique, le contrôle restreint est le régime de base pour la SA ou Sàrl, à moins qu’un opting-out valable existe.
Ces seuils ne s’appliquent pas indistinctement à toutes les entreprises. Une raison individuelle n’a pas une obligation générale de nommer un réviseur externe parce qu’elle tient une comptabilité. Les associations et fondations relèvent aussi de dispositions spécifiques.
Que vérifie exactement le réviseur ?
Le contrôle porte sur les comptes annuels et sur la proposition concernant l’emploi du bénéfice : le réviseur examine s’il existe des faits montrant une non-conformité à la loi ou aux statuts.
Ses travaux comprennent des entretiens avec les responsables, des comparaisons de chiffres, des analyses de variations et des contrôles détaillés adaptés. Il peut, par exemple, demander les justificatifs d’une provision inhabituelle ou l’explication d’une forte augmentation des créances.
Il ne vérifie pas systématiquement toutes les transactions. Le contrôle restreint n’est pas non plus un audit de la qualité de la stratégie ou de la gestion du conseil d’administration. L’examen de l’existence du système de contrôle interne fait partie du contrôle ordinaire ; il ne faut pas annoncer cette attestation comme un résultat automatique d’un contrôle restreint.
Pour comprendre l’intervenant et son statut, consultez notre article sur l’organe de révision.
Peut-on renoncer au contrôle restreint ?
L’opting-out exige l’accord de tous les actionnaires ou associés et un effectif moyen annuel ne dépassant pas dix emplois à plein temps. Exactement dix EPT n’exclut donc pas la renonciation. Il faut raisonner en moyenne et en équivalents plein temps, pas seulement compter les personnes présentes à une date.
Exemple : huit personnes à plein temps et quatre à mi-temps représentent dix EPT si leur occupation reste identique toute l’année. Le calcul doit toutefois refléter les entrées, sorties et variations effectives.
Depuis le 1er janvier 2025, une société existante doit requérir l’inscription de la renonciation avant le début de l’exercice concerné. Une demande déposée pendant 2026 ne supprime donc pas rétroactivement la révision de l’exercice 2026.
La communication OFRC 1/26 précise les pièces à fournir et l’articulation avec le mandat du réviseur. Pour une renonciation prenant effet en 2027, le dossier est préparé en 2026 avec les comptes déjà approuvés requis et les justificatifs correspondants. Les obligations relatives à l’exercice 2026 subsistent. L’opting-out à la constitution est un cas distinct.
Que se passe-t-il après un opting-out ?
La renonciation demeure valable les années suivantes tant que ses conditions sont réunies. Il n’est cependant pas prudent de l’oublier après sa première inscription : une croissance de l’effectif, une demande d’actionnaire ou des changements de situation peuvent rétablir la révision.
Chaque actionnaire peut exiger un contrôle restreint au plus tard dix jours avant l’assemblée générale. Celle-ci doit alors élire l’organe de révision.
Surtout, l’article 725a CO impose un contrôle restreint des derniers comptes annuels avant leur approbation lorsque la société présente une perte de capital et n’a pas d’organe de révision. Le conseil d’administration nomme alors un réviseur agréé. Une exception est prévue lorsque le conseil dépose une demande de sursis concordataire.
En cas de soupçon sérieux de surendettement, des comptes intermédiaires et leur vérification sont requis selon l’article 725b. Notre article sur la perte de capital et le surendettement distingue ces situations.
Comment préparer le dossier de révision ?
La qualité du bouclement annuel conditionne le déroulement des travaux. Transmettre seulement un bilan et attendre les questions ralentit généralement la mission.
| Dossier | Contenu utile |
|---|---|
| Comptes annuels | Bilan, résultat, annexe et comparatifs |
| Soldes | Balance, grand livre et rapprochements bancaires |
| Actifs | Débiteurs détaillés, inventaire, immobilisations et calculs d’amortissement |
| Dettes et risques | Fournisseurs, prêts, contrats, provisions et litiges |
| Gouvernance | Statuts, procès-verbaux et proposition d’affectation du bénéfice |
| Fiscalité et personnel | Décomptes TVA, impôts, salaires et charges sociales |
Les documents doivent expliquer les estimations. Une provision sans calcul ou une créance ancienne sans commentaire appelle une clarification. Vérifiez aussi les informations de l’annexe : garanties, engagements et événements après la clôture.
Convenez d’un interlocuteur disponible pour répondre aux questions et valider les corrections avec la direction. Le réviseur contrôle les comptes ; la direction en reste responsable.
Comment lire le rapport et comparer les offres ?
Une conclusion sans modification est généralement formulée de manière négative : le réviseur n’a pas rencontré de faits lui permettant de conclure que les comptes sont non conformes. Cette forme négative d’assurance ne signifie pas une opinion défavorable.
Lisez aussi le périmètre, les éventuelles réserves, observations et indications d’indépendance. Une conclusion limitée par des pièces manquantes n’a pas la même portée qu’un dossier contrôlé sans ce problème.
Pour comparer les offres, précisez le nombre d’entités, le volume comptable, les stocks, les estimations complexes, le calendrier et l’état de préparation. Distinguez les honoraires de révision de ceux nécessaires pour terminer ou corriger la comptabilité. Un coût annoncé sans ces informations est difficile à comparer.
Le devis doit identifier le prestataire agréé, la personne responsable et les travaux inclus. Des comptes révisés peuvent être utiles à une banque, mais ils ne garantissent ni l’octroi d’un crédit ni un taux avantageux.
Questions fréquentes
Une Sàrl avec un seul associé peut-elle renoncer ?
Oui, si toutes les conditions de l’opting-out sont réunies. Le fait d’avoir un seul associé ne supprime pas automatiquement l’obligation de révision ni les formalités de renonciation.
Dix salariés empêchent-ils l’opting-out ?
Pas nécessairement. Le critère porte sur un effectif ne dépassant pas dix emplois à plein temps en moyenne annuelle. Il faut calculer les taux d’activité et leurs variations.
Peut-on demander un opting-out au moment de clôturer l’année passée ?
Pour une société existante, la renonciation doit viser un exercice futur et son inscription doit être requise avant le début de cet exercice. Elle ne permet plus de supprimer rétroactivement la révision d’une année écoulée.
Une fiduciaire qui tient les comptes peut-elle aussi les réviser ?
En contrôle restreint, le CO autorise certaines collaborations avec des mesures organisationnelles et de personnel appropriées. L’indépendance effective et apparente ainsi que l’agrément doivent être vérifiés. Ce n’est pas une autorisation générale de contrôler son propre travail sans séparation.
Un opting-out dispense-t-il d’établir une annexe ?
Non. Une SA ou une Sàrl reste soumise à ses obligations de comptes annuels, y compris l’annexe. La renonciation porte sur la révision, pas sur l’établissement des comptes.
Sources et vérification
- Code des obligations, art. 727 à 730a, 725a et 725b : seuils, opting-out, objet du contrôle et situations financières particulières.
- ASR : agrément des personnes et entreprises de révision : catégories d’agrément et professionnels habilités.
- OFRC, communication 1/26 du 3 mars 2026 : pièces, calendrier de l’opting-out prospectif et maintien du mandat pour le dernier exercice soumis à révision.
