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Apport en nature en Suisse : créer une Sàrl ou une SA avec des biens
Un apport en nature permet de constituer tout ou partie du capital d’une Sàrl ou d’une SA avec des biens, au lieu d’argent. Le matériel ou les droits apportés doivent toutefois être admissibles, transférables et correctement évalués. L’opération exige des documents et une vérification spécifiques. Elle peut limiter l’argent immobilisé au départ, mais ne dispense ni de financer les frais de création ni de disposer de trésorerie pour travailler.
En bref
Les points à retenir
- Un bien ne peut couvrir le capital que s’il remplit les conditions légales de l’article 634 CO.
- L’apport nécessite un contrat, un rapport des fondateurs et une attestation de vérification par un réviseur agréé.
- Une facture d’achat ancienne ne suffit pas à prouver la valeur actuelle du bien.
- L’apport d’une activité existante n’est pas automatiquement exonéré d’impôt.
Qu’est-ce qu’un apport en nature ?
Le fondateur transfère un bien à la société et reçoit en échange des parts sociales ou des actions. Ce bien remplace une partie ou la totalité de l’apport en espèces nécessaire à la constitution.
Les seuils de capital restent les mêmes : une Sàrl doit disposer d’au moins 20’000 CHF de capital entièrement libéré. Une SA doit avoir au moins 100’000 CHF de capital-actions, avec une libération d’au moins 20 % de chaque action et de 50’000 CHF au total.
L’apport en nature est différent d’un achat réalisé par la société après sa constitution. Il est également différent d’un prêt : le prêt oblige la société à rembourser une dette, tandis que l’apport rémunéré par des titres participe à ses fonds propres.
Le titre « créer une société sans argent » est donc trompeur. Une machine peut couvrir du capital, mais elle ne paie pas immédiatement le loyer, le notaire ou le salaire du mois.
Si la forme de société reste à choisir, notre comparatif Sàrl ou SA présente les différences à examiner.
Les quatre conditions pour qu’un bien soit admissible
L’article 634 CO fixe quatre critères cumulatifs. Pour une Sàrl, les règles correspondantes de la SA s’appliquent par renvoi de l’article 777c CO.
| Condition | Question pratique |
|---|---|
| Le bien peut figurer à l’actif du bilan | Existe-t-il une valeur patrimoniale comptabilisable et justifiable ? |
| Il est transférable à la société | L’apporteur possède-t-il les droits nécessaires pour le céder ? |
| La société peut en disposer dès son inscription | Le transfert est-il effectif et sans condition bloquante ? |
| Il peut être réalisé par transfert à un tiers | Un tiers pourrait-il acquérir ce bien ? |
Pour un immeuble, la règle de disponibilité tient compte du droit inconditionnel d’en requérir l’inscription au registre foncier.
Votre savoir-faire personnel et une promesse de travailler pendant un an ne remplissent pas ces critères. Un logiciel peut être un actif candidat si les droits nécessaires sont détenus et transmissibles, mais son développement a coûté 30’000 CHF ne signifie pas automatiquement qu’il vaut 30’000 CHF pour l’apport.
Les biens financés par crédit, grevés de droits de tiers ou utilisés sous licence demandent un examen précis. Une voiture en leasing n’est pas simplement votre propriété parce que vous payez les mensualités.
Quels biens peut-on apporter ? Trois exemples
Du matériel professionnel déjà détenu
Exemple illustratif : une fondatrice prépare l’ouverture de son atelier à Genève. Elle possède une machine évaluée à 12’000 CHF et du matériel complémentaire évalué à 5’000 CHF. Elle apporte ces biens et 3’000 CHF en espèces pour une Sàrl de 20’000 CHF. Les valeurs supposent une justification et une vérification acceptables ; ce n’est pas le simple total des factures d’origine.
La société commence avec 17’000 CHF de matériel et 3’000 CHF d’argent, avant ses autres opérations. Le capital est couvert, mais la réserve de liquidités reste faible.
Un véhicule utilisé dans l’activité
Il faut documenter le propriétaire, l’état, la valeur et les éventuels financements ou restrictions. Prévoyez ensuite les démarches de transfert, d’assurance et de comptabilisation. La valeur d’achat à neuf ne constitue pas la valeur actuelle d’un véhicule utilisé depuis trois ans.
Une entreprise individuelle existante
Une activité peut comprendre du matériel, des stocks, des créances et des dettes. Le dossier porte alors sur l’ensemble repris, avec des contrats et des questions fiscales propres. Une liste d’actifs sans examen des passifs ne suffit pas. L’opération doit être préparée comme une transmission d’activité, pas comme l’apport isolé d’un ordinateur.
La procédure et les documents nécessaires
Commencez par une analyse de faisabilité avant de demander un rendez-vous de signature.
- Dresser l’inventaire. Identifiez les biens, leur propriétaire, leur état et les droits qui les concernent.
- Justifier leur valeur. Rassemblez factures, photos, descriptions, comparables de marché et, si nécessaire, expertises spécialisées.
- Préparer le contrat d’apport. Il doit être écrit. La forme authentique est requise lorsque le transfert du bien l’exige, notamment pour un immeuble.
- Établir le rapport de fondation. Les fondateurs y expliquent les apports et le bien-fondé de leur évaluation.
- Obtenir l’attestation de vérification. Un réviseur agréé vérifie le rapport et atteste qu’il est complet et exact.
- Finaliser les statuts et l’acte de constitution. Les mentions légales relatives à l’apport sont intégrées au dossier, puis la société est inscrite.
Le réviseur ne remplace pas les fondateurs dans leur responsabilité de documenter les biens. Une expertise technique peut appuyer l’évaluation sans remplacer la vérification du rapport de fondation.
Le fait de prévoir un opting-out pour la révision annuelle ne dispense pas de cette vérification de fondation. Ce sont deux questions distinctes.
Pour les étapes communes de constitution, retrouvez notre guide de création d’une Sàrl. La partie versée en espèces se prépare avec un compte de consignation.
Quand l’apport en nature est-il intéressant ?
L’opération est surtout pertinente lorsque les biens ont une valeur significative et seront utiles à la société. Elle peut faciliter la reprise d’un outil de travail existant et éviter de mobiliser une seconde fois la même somme en espèces.
Elle entraîne toutefois un travail supplémentaire : documentation, évaluation, rapport de fondation, vérification, clauses et éventuels actes de transfert. Le coût varie fortement entre quelques équipements bien documentés, un logiciel et un immeuble.
Demandez un devis ventilé :
- Préparation du dossier et du contrat d’apport.
- Évaluation spécialisée éventuelle.
- Vérification du rapport de fondation.
- Acte notarié et frais d’inscription.
- Analyse fiscale et reprise comptable si une activité est transférée.
Les forfaits de création standard ne couvrent pas automatiquement ces prestations. Comparez le coût complet à une constitution en espèces et à la trésorerie qu’il faut de toute façon conserver. Pour du matériel de faible valeur, la complexité supplémentaire peut annuler l’avantage recherché.
Quelles conséquences fiscales faut-il vérifier ?
Apporter un bien n’entraîne pas une exonération automatique. Le traitement dépend notamment de l’apporteur, de l’appartenance du bien à sa fortune privée ou commerciale, de sa valeur fiscale et de la nature de l’opération.
Le transfert d’une entreprise individuelle à une société de capitaux peut bénéficier d’une neutralité fiscale lorsque les conditions légales sont réunies. L’AFC traite notamment le maintien de l’assujettissement en Suisse, la reprise des valeurs fiscales, l’exigence d’une exploitation et les conséquences d’une vente des participations dans les cinq ans. Ce régime ne s’applique pas indistinctement à tout bien apporté.
Les immeubles, la TVA et les droits de timbre peuvent également nécessiter une analyse. Préparez ce point avant de fixer les valeurs dans les contrats. Une évaluation acceptable pour la couverture du capital ne règle pas à elle seule toutes les questions fiscales.
Pour une opération significative ou complexe, la fiduciaire déterminera avec les spécialistes concernés si une confirmation préalable de l’autorité fiscale est appropriée.
La checklist avant de choisir cette solution
Pour chaque bien, préparez une ligne avec sa description, son propriétaire, son prix d’achat, sa valeur actuelle proposée, ses justificatifs et les restrictions éventuelles.
Ajoutez ensuite trois calculs : le capital couvert par les biens, le montant en espèces à compléter et la trésorerie restante après les frais. C’est ce dernier chiffre qui permet de vérifier si la société pourra fonctionner dès son inscription.
Enfin, assurez-vous que le notaire, le réviseur et la fiduciaire travaillent sur la même version du dossier. Le contrat, le rapport, les statuts et le bilan d’ouverture doivent se répondre. Un changement tardif de valeur ou de bien peut nécessiter plusieurs mises à jour.
Questions fréquentes
Puis-je apporter mon ordinateur pour créer ma Sàrl ?
Oui, un ordinateur peut être candidat à un apport en nature s’il appartient à l’apporteur, peut être transféré et dispose d’une valeur admissible justifiée. Sa valeur actuelle compte, pas son seul prix d’achat. Il faut aussi mesurer le coût de la procédure : apporter un équipement de faible valeur ne présente pas toujours un intérêt économique.
Qui fixe la valeur d’un apport en nature ?
Les fondateurs doivent justifier l’évaluation présentée dans leur rapport. Ils peuvent s’appuyer sur des pièces et sur une expertise spécialisée selon le bien. Le réviseur agréé vérifie ensuite le rapport de fondation et délivre son attestation. Une simple déclaration du fondateur ou une facture ancienne ne remplace pas une justification suffisante de la valeur retenue.
Peut-on mélanger argent et apports en nature ?
Oui. Une partie du capital peut être couverte par des biens admissibles et une autre par un dépôt en espèces. La documentation doit permettre de relier chaque apport au fondateur et aux titres reçus. La partie en espèces suit la procédure bancaire de consignation ; les biens suivent la procédure d’apport en nature avec sa vérification.
Peut-on revendre le bien après la constitution ?
Le bien appartient à la société, qui peut le céder dans le cadre de son activité et de ses obligations. Le prix doit être justifiable, particulièrement si l’acquéreur est un associé. Une vente prévue à l’avance ou un retour du bien à l’apporteur mérite un examen spécifique. Le produit de la vente revient à la société, pas automatiquement au fondateur.
Sources et références
Informations vérifiées le 12 septembre 2026. Les sources suivantes permettent d’approfondir les règles présentées.
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