Conversion IFRS : les étapes pour passer des comptes CO aux IFRS

Conversion IFRS : les étapes pour passer des comptes CO aux IFRS

Une conversion IFRS commence avant la première clôture publiée. Il faut définir le reporting attendu, reconstruire les comparatifs et documenter les écarts avec les comptes suisses. Voici une méthode pratique pour organiser les décisions, les données et les contrôles de votre projet.

L’essentiel pour réussir une conversion IFRS

Une conversion IFRS consiste à préparer des états financiers selon les normes internationales à partir de données tenues sous un autre référentiel, par exemple le Code des obligations suisse. Elle touche les chiffres, les méthodes, les comparatifs et les informations explicatives.

  • La première application d’états financiers IFRS complets relève d’IFRS 1.
  • Le bilan d’ouverture doit être préparé à la date de transition.
  • Les comptes CO et leurs obligations propres continuent à être traités.
  • Une liasse pour un groupe n’est pas nécessairement un jeu complet de comptes IFRS.

Le premier livrable du projet devrait donc être une définition précise du besoin. Notre présentation des normes IFRS aide à distinguer les différents cadres.

Définir le périmètre et la date de transition

Qui demande les chiffres : une maison mère, une banque, un acquéreur ou un marché financier ? Faut-il convertir une seule société ou préparer des comptes consolidés ? Quel exercice doit être publié et quels comparatifs sont attendus ?

Exemple pédagogique. Une entreprise souhaite publier ses premiers états financiers IFRS au 31 décembre 2027, avec une année comparative. La date de transition sera le 1er janvier 2026. Le projet doit donc traiter le bilan à cette date, les données comparatives de 2026 et l’exercice 2027.

Date Travail attendu dans cet exemple
1er janvier 2026 Bilan d’ouverture IFRS
31 décembre 2026 Comparatif et rapprochements correspondants
31 décembre 2027 Premiers comptes annuels IFRS
Avant publication Notes, validations et éventuelle révision

Ce calendrier explique pourquoi la conversion ne devrait pas commencer avec la seule balance de décembre 2027. Des contrats, évaluations et hypothèses historiques pourraient déjà manquer.

Réaliser un diagnostic des écarts CO–IFRS

Le diagnostic compare vos méthodes actuelles aux traitements requis. Il permet de concentrer le budget sur les écarts significatifs et les données difficiles à récupérer.

Les postes fréquents comprennent les locations selon IFRS 16, la reconnaissance du chiffre d’affaires, les engagements envers le personnel, les impôts différés, les provisions, les instruments financiers et les acquisitions.

Examinez aussi les différences de périmètre : une entité contrôlée peut devoir entrer dans les comptes consolidés même si elle était peu visible dans le reporting précédent. Les soldes réciproques doivent être identifiés avant d’être éliminés.

Le résultat utile est une matrice : sujet, règle CO, traitement IFRS, estimation de l’incidence, document nécessaire, personne responsable et échéance. Une simple liste de normes ne permet pas de piloter le projet.

Choisir les méthodes et préparer le bilan d’ouverture

IFRS 1 prévoit une application rétrospective avec des exceptions obligatoires et des exemptions facultatives. Elles évitent dans certains cas de reconstruire entièrement l’historique, mais leur utilisation doit être analysée et documentée.

Par exemple, la possibilité d’utiliser un coût présumé pour certains actifs ou de ne pas retraiter certains regroupements antérieurs peut influencer fortement le travail. Ces choix doivent rester cohérents avec les dispositions précises d’IFRS 1.

Les soldes d’ouverture ne sont pas un simple report : il faut reconnaître les éléments requis, retirer ceux qui ne remplissent pas les critères, reclasser les postes et les évaluer selon le référentiel applicable.

Exemple simplifié de rapprochement des capitaux propres. Supposons des capitaux propres CO de 800’000 CHF. Des stocks au coût historique de 260’000 CHF sont inscrits pour 200’000 CHF après une réserve forfaitaire CO. Leur valeur nette de réalisation étant de 270’000 CHF, le retraitement IFRS rétablit le coût de 260’000 CHF et ajoute 60’000 CHF ; un engagement envers le personnel les réduit de 100’000 CHF ; l’effet fiscal net illustratif ajoute 8’000 CHF. Les capitaux propres IFRS deviennent 768’000 CHF. Ces chiffres ne constituent pas des taux ou des retraitements applicables à toutes les entreprises.

Construire les comparatifs et les rapprochements

Les comparatifs doivent suivre les méthodes retenues pour la première publication, sous réserve des dispositions transitoires pertinentes. Il faut aussi expliquer la transition depuis le référentiel précédent.

Préparez des rapprochements lisibles des capitaux propres et du résultat global requis par IFRS 1. Les écarts ne devraient pas être rassemblés sous une ligne vague « ajustements IFRS » : séparez les effets des locations, des engagements de prévoyance, des revenus et des autres thèmes importants.

Un rapprochement utile permet de répondre à trois questions : quel poste change, quelle règle explique ce changement, et le changement produit-il un mouvement de trésorerie ? Cela évite d’interpréter une hausse comptable de l’EBITDA comme une rentrée d’argent.

L’analyse du chiffre d’affaires selon IFRS 15 doit notamment suivre les contrats, et pas seulement les factures ou les encaissements.

Organiser les données, les contrôles et la révision

Définissez une source de données par sujet. Les locations appartiennent souvent aux achats ou à l’immobilier ; les engagements de personnel nécessitent les ressources humaines ; les prix variables impliquent l’équipe commerciale.

Pour chaque retraitement, conservez le contrat, le calcul, la conclusion comptable et la trace de validation. Évitez que le fichier final dépende d’une seule personne ou de cellules dont personne ne connaît l’origine.

Une première clôture à blanc permet de repérer les données manquantes. Elle doit couvrir aussi les notes, le tableau de trésorerie et les éliminations de consolidation. La qualité des chiffres ne suffit pas si l’information explicative ne peut pas être produite.

La nécessité et le niveau d’audit dépendent des obligations légales, des contrats et du reporting publié. Si une révision est requise, son calendrier et les enjeux d’indépendance doivent être anticipés. Un audit apporte une assurance dans son cadre ; il ne constitue pas une garantie absolue d’absence d’erreur.

Anticiper 2027 et le fonctionnement après conversion

Pour des exercices ouverts dès le 1er janvier 2027, IFRS 18 remplace IAS 1. Une première publication en 2027 doit donc intégrer ce cadre et ses comparatifs. L’article IAS 1 et IFRS 18 explique les enjeux de présentation.

Certaines filiales peuvent aussi étudier IFRS 19, qui allège les informations à fournir sous conditions. Cette option ne supprime pas les calculs IFRS et ne doit pas être appliquée sur le seul critère de petite taille.

Après la première publication, les retraitements deviennent récurrents. Attribuez un responsable à chaque calcul, fixez les contrôles de clôture et actualisez le manuel comptable lors des changements normatifs. Le budget annuel doit inclure les nouvelles opérations et la maintenance des informations d’annexe.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une conversion IFRS ?

La durée dépend du périmètre, des données historiques et des écarts comptables. Une filiale avec quelques ajustements et un groupe multi-entités n’ont pas le même calendrier. Le diagnostic permet de construire une estimation adaptée.

Faut-il changer de logiciel ?

Pas systématiquement. Il faut surtout assurer la traçabilité entre les comptes CO, les ajustements et les états IFRS. Un outil complémentaire peut suffire dans certains cas ; un périmètre complexe nécessite une organisation plus structurée.

Peut-on convertir seulement l’exercice courant ?

Pour une première publication IFRS complète, le bilan d’ouverture et les comparatifs requis doivent être traités. Une demande limitée de reporting interne peut avoir un autre périmètre, à définir avec son destinataire.

Toutes les réserves latentes doivent-elles disparaître ?

Les valeurs IFRS doivent respecter les normes applicables. Chaque évaluation doit être analysée : il ne s’agit pas d’annuler mécaniquement toutes les corrections de valeur enregistrées sous le CO.

La conversion inclut-elle automatiquement un rapport ESG ?

Non. Le reporting de durabilité selon IFRS S1 et S2 possède son propre cadre. Il faut examiner séparément les obligations, les demandes du groupe et les normes choisies.

Sources et vérification

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Sarah Prieur

Sarah est associée chez Karpeo. Experte-comptable diplômée, elle est spécialisée en normes comptables IFRS et en reporting ESG. Elle dispose d’une solide expérience dans l'accompagnement de grands groupes et de sociétés cotées. Son expertise, sa rigueur et son engagement font d'elle une ressource précieuse pour les entreprises qu’elle accompagne.