IFRS 16 : comprendre les locations et le leasing au bilan

IFRS 16 : comprendre les locations et le leasing au bilan

Avec IFRS 16, un contrat de location peut créer un actif et une dette dans les comptes du locataire. Le contrat continue pourtant de générer les mêmes loyers. Découvrez les règles de base, un exemple chiffré et les données à préparer pour votre reporting.

L’essentiel sur IFRS 16

IFRS 16 encadre les contrats de location en reporting IFRS. Pour le locataire, elle conduit généralement à reconnaître un actif représentant le droit d’utiliser le bien et une dette correspondant aux paiements locatifs retenus dans le calcul.

  • Un contrat doit d’abord répondre à la définition d’une location.
  • La dette est calculée par actualisation des paiements concernés.
  • Des exemptions existent notamment pour certaines locations courtes ou d’actifs de faible valeur.
  • Le traitement du bailleur reste distinct de celui du locataire.

Ces dispositions ne s’appliquent pas automatiquement à une entreprise suisse qui tient uniquement des comptes selon le CO. L’article IFRS explique les situations dans lesquelles un reporting international peut être demandé.

Comment reconnaître un contrat de location ?

Le contrat doit donner le droit de contrôler l’utilisation d’un actif identifié pendant une période, en échange d’une contrepartie. Il faut notamment examiner les avantages économiques obtenus et le pouvoir de décider de l’utilisation du bien.

Un bureau dédié ou une machine identifiée peut remplir les critères. À l’inverse, une prestation de transport ou d’hébergement informatique n’est pas automatiquement une location : les droits du client et ceux du fournisseur doivent être lus précisément.

Les possibilités substantielles de substitution du fournisseur peuvent modifier l’analyse. Le titre du contrat, comme « service », « abonnement » ou « leasing », ne suffit pas.

Conseil pratique. Parcourez aussi les contrats gérés hors de la comptabilité : immobilier, logistique, équipements informatiques et production. Un contrat contenant une location peut n’avoir jamais été classé comme tel par les achats.

Les exemptions et les éléments à séparer

Une exemption peut être choisie pour les locations à court terme, selon les conditions de la norme : durée de douze mois au plus au commencement et absence d’option d’achat. Une autre concerne certains actifs de faible valeur, appréciée sur la base de leur valeur à neuf.

IFRS 16 ne fixe pas un seuil universel en CHF utilisable pour toutes les entreprises. Un véhicule ou un immeuble ne devient pas un actif de faible valeur parce que son loyer mensuel est modeste.

Le contrat peut aussi comprendre des prestations, comme l’entretien. Leur séparation doit être examinée, ainsi que les mesures de simplification autorisées. Conserver une ventilation claire des composantes facilite le traitement initial et les modifications ultérieures.

Les loyers exclus du calcul de la dette selon leur nature restent à traiter et, le cas échéant, à expliquer. L’absence d’une somme dans la dette ne signifie pas qu’elle n’a plus d’effet sur le résultat ou la trésorerie.

Calculer la dette locative : exemple sur trois ans

Une entreprise dispose d’un actif pendant trois ans. Elle verse 12’000 CHF à la fin de chaque année. Le taux d’actualisation retenu est de 5 %. Il n’y a ni acompte, ni incitation, ni coût direct initial, ni option ou obligation de remise en état. L’exemple exclut la TVA.

La dette initiale correspond à la somme actualisée des trois paiements :

12’000 / 1,05 + 12’000 / 1,05² + 12’000 / 1,05³ = environ 32’679 CHF.

Première année, montants arrondis Montant
Dette au commencement 32’679 CHF
Intérêts de l’année à 5 % 1’634 CHF
Paiement en fin d’année −12’000 CHF
Dette après le paiement 22’313 CHF

Le taux est une hypothèse pédagogique, pas un taux recommandé. La norme utilise le taux implicite du contrat s’il peut être aisément déterminé ; sinon le taux d’emprunt marginal du locataire doit être établi avec les caractéristiques pertinentes.

Une dette nominale de 36’000 CHF surestimerait ici la dette initiale calculée selon les hypothèses retenues. Le passage du temps explique ensuite la charge d’intérêts.

Quel effet sur le bilan, le résultat et l’EBITDA ?

Dans notre exemple simplifié, le droit d’utilisation initial vaut aussi 32’679 CHF. Un amortissement linéaire sur trois ans représente environ 10’893 CHF par an. La première année supporte donc environ 12’527 CHF de charges : 10’893 CHF d’amortissement et 1’634 CHF d’intérêts.

La charge totale de l’année n’est pas identique au loyer payé de 12’000 CHF. Elle évolue avec les intérêts sur la dette. Le bilan présente à la fois l’actif et l’engagement restant.

L’EBITDA peut augmenter par rapport à une présentation antérieure du loyer en charge d’exploitation, selon la définition utilisée. Cette hausse ne signifie pas que l’entreprise paie moins ou génère plus de trésorerie.

Les contrats de financement peuvent utiliser des ratios dont la définition prévoit ou exclut les effets des nouvelles normes. Vérifiez les clauses avant de conclure qu’une dette IFRS 16 entraîne automatiquement une violation d’engagement bancaire.

Le tableau des flux de trésorerie doit également refléter correctement les classifications applicables. La trésorerie totale versée reste liée aux paiements réels.

Durée, indexation et modifications : suivre la vie du contrat

La durée ne correspond pas toujours à la première date de sortie indiquée sur le bail. Les options de prolongation ou de résiliation doivent être appréciées selon les critères de la norme, notamment leur caractère raisonnablement certain.

Un aménagement important des locaux, des contraintes de déménagement ou l’importance du site peuvent faire partie des faits à analyser. La conclusion doit rester documentée et cohérente avec les décisions opérationnelles.

Les variations de paiements liées à un indice, certains changements d’options ou les modifications contractuelles peuvent imposer une réévaluation. Les modalités de calcul et le taux à utiliser varient selon l’événement.

Créez donc une procédure qui signale les nouveaux contrats, avenants et résiliations à la finance. Le modèle initial perd rapidement sa fiabilité si personne n’actualise les données.

Quelles pièces préparer pour la clôture ?

Un registre utile comprend l’actif, le contrat, les dates, les loyers, l’indexation, les options, les services distincts, le taux et les événements intervenus pendant l’exercice.

Rapprochez ensuite les paiements du registre avec les comptes bancaires et les charges. Vérifiez le solde de dette, l’amortissement du droit d’utilisation et les informations à présenter dans les notes.

Le locataire doit aussi surveiller les indices de perte de valeur du droit d’utilisation selon les règles pertinentes. Un site fermé mais encore loué ne se traite pas seulement par le maintien automatique de l’échéancier.

Une conversion IFRS peut nécessiter de reconstruire l’historique des baux. Collecter les avenants dès maintenant évite de perdre les éléments nécessaires à cette analyse.

Questions fréquentes

IFRS 16 concerne-t-elle les locations de bureaux ?

Oui, lorsqu’elles répondent à la définition d’une location et entrent dans le périmètre du reporting IFRS. Les immeubles ne bénéficient pas de l’exemption pour actifs de faible valeur.

Une location de moins d’un an est-elle toujours exemptée ?

Il faut examiner la durée au sens d’IFRS 16, les options et les conditions de l’exemption. Un contrat affichant douze mois mais comportant une prolongation pertinente peut demander une analyse plus complète.

Le droit d’utilisation est-il toujours égal à la dette ?

Non. Les paiements anticipés, incitations, coûts directs initiaux admissibles et certaines obligations de remise en état peuvent créer des différences. L’égalité de notre exemple vient de ses hypothèses simplifiées.

IFRS 16 augmente-t-elle automatiquement la rentabilité ?

Non. Elle change la présentation et le profil de certaines charges. Une hausse de l’EBITDA ne représente pas une amélioration économique à elle seule.

Le bailleur applique-t-il le même modèle que le locataire ?

Non. Le bailleur conserve une distinction entre locations de financement et locations simples selon les critères de la norme. Les écritures présentées ici concernent le locataire.

Sources et vérification

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Sarah Prieur

Sarah est associée chez Karpeo. Experte-comptable diplômée, elle est spécialisée en normes comptables IFRS et en reporting ESG. Elle dispose d’une solide expérience dans l'accompagnement de grands groupes et de sociétés cotées. Son expertise, sa rigueur et son engagement font d'elle une ressource précieuse pour les entreprises qu’elle accompagne.