Frais déductibles d’une Sàrl ou d’une SA en Suisse
Un repas avec un client, une formation, un ordinateur ou une voiture : quels frais votre société peut-elle déduire en Suisse ? Pour le comprendre, il faut distinguer les dépenses professionnelles, les investissements et les avantages privés. Voici comment faire cette distinction, avec des exemples et les principales règles fiscales.
Quelles dépenses peut payer la société ?
Une Sàrl ou une SA peut déduire les dépenses justifiées par son activité, à condition de les comptabiliser correctement et de pouvoir les expliquer. Le loyer des bureaux, les salaires ou les honoraires de la fiduciaire en sont des exemples courants. Pour un restaurant, une voiture ou un voyage, il faut regarder plus précisément qui bénéficie de la dépense et dans quel but.
Deux distinctions permettent d’y voir clair : un paiement n’est pas toujours une charge immédiatement déductible, et une charge déductible ne donne pas automatiquement droit à récupérer la TVA. Nous reprenons ces règles ci-dessous avec des situations concrètes.
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Quels frais pouvez-vous passer sur votre société ?
Romain Prieur explique les principales dépenses professionnelles déductibles, les justificatifs à conserver et les points à vérifier pour les véhicules et les frais de représentation.
Ce que « déduire une dépense » signifie
Déduire une charge, c’est la soustraire des revenus de la société pour calculer son bénéfice imposable. Cela réduit l’impôt sur le bénéfice ; cela ne signifie pas que l’administration fiscale rembourse l’achat.
Prenons un exemple simplifié. Votre société réalise 50’000 CHF de bénéfice avant l’achat d’une prestation professionnelle de 1’000 CHF, entièrement déductible. Son bénéfice passe à 49’000 CHF. Avec un taux d’impôt effectif supposé de 15 %, l’économie fiscale est d’environ 150 CHF. La prestation coûte donc encore environ 850 CHF après cet effet fiscal, hors question de TVA.
Le taux de 15 % sert uniquement à illustrer le mécanisme. Le taux réel dépend notamment du canton et de la commune, comme l’explique notre article sur l’impôt sur les sociétés en Suisse. Si la société est déficitaire, une charge supplémentaire ne produit pas nécessairement d’économie d’impôt immédiate.
La dépense doit avoir une raison professionnelle
La loi utilise l’expression « justifiée par l’usage commercial ». Concrètement, la société doit pouvoir expliquer pourquoi elle supporte cette dépense, en quoi elle sert ses affaires et pourquoi son montant est approprié. Une campagne publicitaire peut ainsi être déductible même si elle n’a finalement attiré aucun client : une dépense professionnelle n’a pas besoin de réussir pour avoir une justification.
En revanche, payer les vacances de l’associé avec la carte de la société ne les transforme pas en frais professionnels. La société et son associé ont des patrimoines distincts, même si celui-ci détient 100 % des parts. Pour les opérations avec un associé ou un proche, demandez-vous aussi si l’entreprise accepterait les mêmes conditions avec une personne indépendante.
Ce cadre découle des articles 58 et 59 LIFD. Il concerne ici les Sàrl et les SA ; les déductions personnelles d’un salarié ou d’un indépendant suivent d’autres règles.
Les dépenses courantes, avec des exemples
Il n’existe pas de liste qui autorise automatiquement une catégorie de frais. Un restaurant peut être un rendez-vous commercial ou un dîner familial. C’est le contexte qui permet de déterminer le traitement.
| Dépense | Quand est-elle admise ? | À conserver |
|---|---|---|
| Loyer et charges des bureaux | Lorsque les locaux servent à l’entreprise et que le loyer est justifié. | Bail, factures et description de l’usage. |
| Salaires et charges sociales | Pour un travail réel, avec une rémunération appropriée. Cette exigence vaut aussi pour l’associé salarié. | Contrat, décomptes et éléments justifiant la fonction. |
| Logiciels, téléphone et internet | Pour les besoins professionnels ; examiner l’usage privé et la nature de l’achat. | Contrat, facture et éventuelle répartition. |
| Comptabilité, conseil juridique et publicité | Lorsque la prestation concerne les affaires de la société. | Mandat, facture et description de la prestation. |
| Repas avec un client ou un prospect | Si le rendez-vous a un but commercial et que le montant se justifie. | Ticket détaillé, participants et motif du repas. |
| Déplacement professionnel | Pour la mission professionnelle ; séparer les coûts d’une prolongation privée. | Programme, rendez-vous, billets et factures. |
| Formation du personnel | Si elle poursuit une finalité professionnelle, y compris une reconversion. | Programme, facture et bénéficiaire. |
| Ordinateur, mobilier ou machine | Si le bien sert l’activité ; son coût peut devoir être réparti par amortissement. | Facture et suivi du matériel. |
Repas et voyages : expliquer le contexte
Un déjeuner avec un prospect pour discuter d’un mandat peut relever des frais de représentation. Le déjeuner habituel du dirigeant, pris seul près du bureau, ne devient pas un repas d’affaires parce qu’il travaille ce jour-là. Les repas en déplacement professionnel et les avantages accordés au personnel demandent, eux, un traitement adapté à leur situation.
De même, si une conférence dure deux jours et que vous restez ensuite trois jours en vacances, les nuits et activités privées ne sont pas des frais de mission. Pour les coûts communs, comme le billet d’avion, examinez le motif du déplacement et les éventuels surcoûts privés. Une division automatique selon le nombre de jours n’est pas toujours pertinente.
Impôts, amendes et dividendes : trois cas différents
Les impôts sur le bénéfice et le capital dus par la société sont en principe des charges fiscalement admises, conformément à l’article 59, alinéa 1, lettre a LIFD. Cela ne permet pas de déduire les impôts personnels de l’associé comme s’il s’agissait de ceux de l’entreprise.
Une amende suisse, par exemple pour une infraction routière lors d’un déplacement professionnel, n’est pas fiscalement déductible. La loi distingue toutefois les sanctions à caractère pénal des mesures visant uniquement à réduire un bénéfice ; elle prévoit aussi des exceptions précises pour certaines sanctions étrangères (art. 59, al. 1, let. f, et al. 2 et 3 LIFD).
Enfin, un dividende rémunère la détention des parts et constitue une distribution du bénéfice. Ce n’est pas une charge déductible, contrairement à un salaire commercialement justifié. Notre article sur le choix entre salaire et dividende explique cette différence.
Frais mixtes : traiter l’usage privé
Certains achats servent à la fois l’entreprise et une personne à titre privé. Il faut alors identifier cet usage privé et décider comment il est pris en charge, au lieu de déduire systématiquement toute la facture.
Lorsque la part privée est remboursée
Imaginons un abonnement de 1’200 CHF, en laissant la TVA de côté pour cet exemple. Une analyse de l’utilisation établit que 900 CHF concernent l’activité et 300 CHF l’usage personnel de l’associé. Si celui-ci rembourse les 300 CHF, la société supporte finalement 900 CHF de frais professionnels.
La répartition de 75 % et 25 % est une hypothèse pédagogique, pas un forfait fiscal. La clé retenue doit correspondre à l’usage réel et être documentée. Pour un espace de travail au domicile de l’associé, il faut notamment préciser les locaux effectivement utilisés, les conditions de mise à disposition et le caractère approprié du montant payé.
Lorsque l’usage privé fait partie de la rémunération
La situation est différente si l’entreprise accorde un avantage privé à un salarié dans le cadre de son travail. Cet avantage peut constituer du salaire en nature : il doit alors être évalué et traité selon les règles du certificat de salaire et des assurances sociales. Une utilisation privée n’entraîne donc pas automatiquement le refus de la charge chez l’employeur. La rémunération globale doit toutefois rester commercialement justifiée, en particulier pour un associé salarié.
La voiture de société en est un exemple fréquent. Dans le cas usuel où l’employeur assume l’ensemble des frais, sous réserve du carburant ou de l’énergie des longs trajets privés, l’évaluation forfaitaire de l’avantage au salarié est de 0,9 % par mois du prix d’achat hors TVA, avec un minimum de 150 CHF. Les conditions et alternatives figurent aux chiffres marginaux 21 à 25 des instructions AFC/CSI pour le certificat de salaire 2026. Ce forfait évalue un avantage salarial ; ce n’est pas un pourcentage général de frais automobiles à refuser en déduction. La TVA doit aussi être examinée séparément. Notre article sur le certificat de salaire illustre le calcul de la part privée du véhicule avec un exemple chiffré.
Achats durables et année de déduction
Une facture peut être entièrement professionnelle sans être entièrement déductible l’année de son paiement. La comptabilité de l’entreprise sert notamment à rattacher les coûts à la bonne période et à distinguer les dépenses courantes des investissements.
Une machine se déduit généralement sur plusieurs années
Un abonnement utilisé pendant l’année est normalement une charge de cette période. Une machine qui servira plusieurs années est, en principe, inscrite à l’actif du bilan : on dit qu’elle est « immobilisée ». Son coût est ensuite réparti dans le temps grâce aux amortissements.
Pour comprendre le mécanisme, prenons une machine de 15’000 CHF, hors TVA intégralement récupérable. Avec une durée d’utilisation supposée de cinq ans et une valeur finale nulle, un amortissement linéaire représente 3’000 CHF par année complète. La société a payé 15’000 CHF, mais la charge annuelle de cet exemple est de 3’000 CHF.
Ces cinq ans illustrent le calcul ; ils ne constituent pas un taux fiscal imposé pour toutes les machines. La durée, la méthode, la date de mise en service et l’admissibilité fiscale doivent être vérifiées pour le bien concerné. Les bases sont l’article 960a CO et l’article 62 LIFD. Notre article sur les amortissements en Suisse détaille les méthodes et les taux usuels.
Payer en décembre ne suffit pas à réduire le bénéfice de l’année
Si vous réglez en décembre une assurance couvrant exclusivement l’année suivante, son coût se rattache en principe à cette année suivante. Le paiement anticipé ne suffit donc pas à créer une charge de décembre. C’est l’application du rattachement des charges à la période concernée prévu par l’article 958b CO.
Déduire une charge et récupérer la TVA
L’impôt sur le bénéfice et la TVA répondent à deux questions différentes. Pour le premier, on examine si la dépense peut réduire le bénéfice imposable. Pour la seconde, on vérifie si la société peut déduire la TVA qui lui a été facturée, appelée impôt préalable.
À la méthode effective, une société assujettie peut en principe déduire l’impôt préalable lié à son activité donnant droit à déduction, sous réserve de pouvoir le justifier. Les achats affectés à des prestations exclues du champ de la TVA, sans option pour leur imposition, ne donnent généralement pas ce droit. Une utilisation mixte peut également nécessiter une correction (art. 28 à 30 LTVA).
Prenons une prestation professionnelle facturée 1’081 CHF TTC, dont 81 CHF de TVA. Si la TVA est intégralement récupérable et la prestation immédiatement comptabilisée en charge, on distingue 1’000 CHF de charge et 81 CHF d’impôt préalable. Les 81 CHF réduisent la TVA à verser dans le décompte ; ils ne se déduisent pas une seconde fois comme charge.
Si la TVA n’est pas récupérable, par exemple pour une société non assujettie, elle entre en principe dans le coût : la charge serait alors de 1’081 CHF, à condition que l’ensemble de la dépense soit fiscalement admis. Pour un bien immobilisé, cette TVA non récupérable augmente le coût de l’actif à amortir.
Avec les taux de la dette fiscale nette, la logique change : l’entreprise calcule l’impôt à payer à l’aide du taux autorisé sur son chiffre d’affaires TVA comprise. Le taux tient déjà compte de l’impôt préalable de manière forfaitaire ; la TVA de chaque facture d’achat ne se déduit donc pas séparément dans le décompte. Notre article sur la TVA en Suisse compare les méthodes.
Frais privés : pourquoi une correction ne suffit pas toujours
Supposons que la société paie 3’000 CHF de vacances personnelles de son associé et les enregistre en frais de voyage. Si cette somme ne correspond ni à une dépense professionnelle ni à une rémunération réelle et appropriée, elle ne doit pas réduire le bénéfice imposable.
L’administration peut alors ajouter les 3’000 CHF au bénéfice déclaré. C’est une reprise fiscale : elle annule la déduction injustifiée pour calculer l’impôt. Mais elle ne règle pas à elle seule l’avantage reçu par l’associé.
Lorsque cet avantage lui est accordé en raison de sa participation, il peut être qualifié de distribution dissimulée de bénéfice. Autrement dit, la société lui a attribué une valeur sous couvert d’un paiement de frais (art. 20 OIA). Cette qualification peut entraîner une imposition chez l’associé et un impôt anticipé de 35 % à traiter par la société. Le remboursement de cet impôt dépend ensuite des conditions applicables au bénéficiaire.
Si la prestation rémunère réellement le travail de l’associé salarié, il faut au contraire examiner son traitement salarial, ses cotisations et son caractère approprié. On ne peut pas choisir librement l’étiquette la moins coûteuse après coup : le contrat, le travail fourni et les circonstances doivent correspondre à la qualification retenue.
Pour un achat privé payé par erreur, la démarche pratique est de l’identifier immédiatement, de comptabiliser correctement la somme due par le bénéficiaire et d’obtenir son remboursement. Laisser cette somme indéfiniment en compte courant d’associé ne rend pas l’achat déductible et peut soulever d’autres questions fiscales.
Des justificatifs qui expliquent la dépense
Une facture prouve ce qui a été acheté. Elle n’explique pas toujours pourquoi l’entreprise devait le payer. Pour un abonnement logiciel, le lien est souvent évident. Pour un repas ou un déplacement, une courte note ajoutée au moment de la dépense évite de devoir reconstituer l’histoire plusieurs mois après.
Pour chaque dépense, conservez la pièce et le contexte utile : bénéficiaire, motif professionnel, participants pour un repas, programme pour un déplacement et calcul retenu en cas d’usage mixte. Le relevé bancaire complète le dossier, mais il ne remplace pas à lui seul la description de l’achat.
Les livres et pièces comptables doivent être conservés dix ans à compter de la fin de l’exercice selon l’article 958f CO. L’archivage électronique est possible si les exigences de conservation, de traçabilité et de lisibilité sont respectées ; certaines obligations spéciales, notamment en matière immobilière et de TVA, peuvent imposer un délai plus long.
Mon conseil
Prévoyez une règle simple connue de toute l’équipe : quel justificatif joindre, qui valide la dépense et comment signaler une part privée. Pour les frais récurrents du dirigeant, mieux vaut arrêter le traitement avec la fiduciaire dès le départ que découvrir une correction lors du bouclement.
Bien déduire ses frais commence par bien les comprendre
Avant de faire payer une dépense par la société, demandez-vous à quoi elle sert, qui en bénéficie et sur quelle période elle doit être comptabilisée. Ces trois questions permettent de traiter correctement la plupart des situations. L’usage privé, la rémunération du dirigeant et la TVA demandent ensuite leur propre analyse.
L’objectif est de déduire les coûts que l’entreprise supporte légitimement, avec des explications et des justificatifs qui tiennent dans le temps. Dépenser uniquement pour réduire l’impôt laisse toujours une dépense à financer.
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Peut-on payer des dépenses privées avec la carte de la société ?
Un paiement privé effectué par erreur doit être identifié, comptabilisé correctement et remboursé par son bénéficiaire. La carte utilisée ne détermine pas la déductibilité. Si la société conserve la dépense à sa charge, il faut examiner sa qualification réelle : rémunération, distribution de bénéfice ou autre traitement applicable.
Les impôts de la société sont-ils déductibles ?
Oui, les impôts sur le bénéfice et le capital dus par la société sont en principe fiscalement déductibles selon l’article 59, alinéa 1, lettre a LIFD. Les impôts personnels de l’associé ne sont pas des impôts de la société. Les amendes obéissent à des règles distinctes et sont en principe non déductibles.
Une facture suffit-elle pour déduire une dépense ?
Il faut aussi pouvoir expliquer le lien avec l’activité et le caractère approprié du montant. Pour un repas ou un déplacement, complétez la facture avec le motif professionnel et les personnes concernées. Une facture établie au nom de la société peut malgré tout porter sur un achat privé.
Une charge déductible permet-elle de récupérer la TVA ?
Pas automatiquement. À la méthode effective, la récupération dépend notamment de l’assujettissement, de l’usage ouvrant droit à déduction et des justificatifs. Avec les taux de la dette fiscale nette, la TVA des achats n’est pas déduite séparément dans le décompte.
Peut-on rembourser une dépense professionnelle payée personnellement ?
Oui, si la dépense concerne réellement la société et que son montant est justifié. Établissez une note de frais, joignez les pièces utiles et faites valider le remboursement. Le traitement dans le certificat de salaire et le droit à récupérer une éventuelle TVA doivent également être vérifiés.
Sources officielles et références
Références vérifiées le 2 octobre 2026. Les exemples chiffrés illustrent les mécanismes avec les hypothèses indiquées. L’application concrète dépend notamment de l’activité, du canton et de la situation du bénéficiaire.
- LIFD — art. 58 et 59 : bénéfice imposable, charges admises et sanctions ; art. 62 : amortissements
- Code des obligations — art. 957a : pièces comptables ; art. 958b : rattachement des charges ; art. 958f : conservation ; art. 960a : amortissements
- LTVA — art. 28 à 30 : impôt préalable et usage mixte ; art. 37 : taux de la dette fiscale nette
- AFC — fonctionnement des taux de la dette fiscale nette et des taux forfaitaires
- AFC/CSI — instructions pour le certificat de salaire 2026, notamment ch. 19 à 25 et 49 à 60
- Ordonnance sur l’impôt anticipé — art. 20 : prestations appréciables en argent
- AFC — impôt anticipé : taux, obligations et conditions de remboursement
