Deuxième pilier en Suisse : comprendre la LPP et les montants 2026

Deuxième pilier en Suisse : comprendre la LPP et les montants 2026

Le deuxième pilier complète l’AVS, mais tous les salaires ne sont pas assurés de la même façon. Le règlement de la caisse explique une grande partie des différences entre deux emplois.

L’essentiel sur le deuxième pilier

Le deuxième pilier est la prévoyance professionnelle. Il complète l’AVS et comprend des prestations liées à la vieillesse, à l’invalidité et au décès. La LPP fixe un minimum légal ; de nombreuses caisses offrent une couverture plus étendue, dite surobligatoire.

En 2026, le seuil d’entrée dans l’assurance obligatoire est de 22’680 CHF de salaire annuel auprès d’un même employeur. La déduction de coordination légale est de 26’460 CHF. Ces deux chiffres n’ont pas la même fonction : le premier détermine l’entrée dans le système obligatoire, le second participe au calcul du salaire assuré.

Pour comprendre votre situation, consultez votre certificat de prévoyance et le règlement de votre caisse. Le pourcentage déduit sur la fiche de salaire ne suffit pas à apprécier la qualité du plan.

Qui doit être assuré à la LPP ?

En principe, un salarié soumis à l’AVS entre dans le régime LPP obligatoire lorsque son salaire annuel dépasse le seuil légal et que les autres conditions sont remplies. Certaines exceptions existent, notamment pour des engagements de courte durée ou des situations professionnelles particulières.

La couverture des risques commence au plus tôt le 1er janvier qui suit le 17e anniversaire. L’épargne vieillesse obligatoire commence au plus tôt le 1er janvier qui suit le 24e anniversaire. Il est donc possible de cotiser pour les risques sans accumuler encore des bonifications de vieillesse obligatoires.

Un revenu versé seulement pendant une partie de l’année ne doit pas être comparé mécaniquement au seuil comme s’il s’agissait toujours d’un salaire annuel. Lors d’une entrée en cours d’année, l’annualisation et la durée du contrat doivent être examinées.

Les indépendants ne sont pas automatiquement soumis à la LPP obligatoire. Ils peuvent, sous conditions, s’affilier volontairement. À l’inverse, le dirigeant rémunéré par sa propre SA ou Sàrl est en principe traité comme salarié pour cette question. La forme juridique de l’activité a donc des conséquences concrètes.

Quels sont les montants LPP en 2026 ?

Repère du régime obligatoire Montant annuel 2026 À quoi sert-il ?
Seuil d’entrée 22’680 CHF Détermine l’assujettissement obligatoire selon les autres conditions
Déduction de coordination 26’460 CHF Coordonne la couverture avec le premier pilier
Limite supérieure du salaire pris en compte 90’720 CHF Plafonne le salaire dans le minimum légal
Salaire coordonné minimal 3’780 CHF Assure un minimum lorsque l’affiliation est obligatoire
Salaire coordonné maximal 64’260 CHF Correspond à 90’720 moins 26’460 CHF

Ces montants concernent le minimum légal. Un plan surobligatoire peut assurer une partie plus importante du salaire, réduire la déduction de coordination ou couvrir des revenus supérieurs au plafond légal.

Exemple : un salaire annuel de 72’000 CHF

Dans un plan limité à la coordination légale, le salaire coordonné est de :

72’000 − 26’460 = 45’540 CHF par an.

Il ne faut donc pas appliquer automatiquement le taux de bonification LPP aux 72’000 CHF bruts. La base pertinente est ici 45’540 CHF. Le montant prélevé reste ensuite déterminé par le plan et ses différentes composantes.

Pour une personne de 30 ans, la bonification minimale de vieillesse de 7 % représente, dans cet exemple, 3’187.80 CHF pour l’année. Ce résultat n’est ni la cotisation salariale mensuelle, ni le coût complet de la prévoyance. Les risques, les frais et la répartition entre employeur et salarié doivent encore être pris en compte.

Comment se répartissent les cotisations ?

Les bonifications minimales de vieillesse progressent par tranches d’âge :

Âge applicable dans le régime légal Bonification de vieillesse minimale
25 à 34 ans 7 % du salaire coordonné
35 à 44 ans 10 %
45 à 54 ans 15 %
55 ans jusqu’à l’âge de référence 18 %

Ces taux décrivent l’épargne vieillesse minimale, et non un tarif universel de cotisation totale. Le financement comprend également les risques et peut inclure des frais. Le règlement précise les prestations et les contributions.

L’employeur doit financer au moins une contribution globale égale à celle de l’ensemble de ses salariés. Cela ne signifie pas nécessairement une répartition de chaque composante à 50/50 pour chaque personne. Certains employeurs financent une part supérieure.

Pour établir un budget d’embauche, utilisez l’offre de la caisse de pension ou un calcul nominatif. Une estimation fondée uniquement sur l’âge et le salaire brut peut être trompeuse. Notre article sur les charges sociales replace la LPP parmi les autres coûts de personnel.

Temps partiel et plusieurs employeurs : les points d’attention

À temps partiel, la déduction de coordination peut peser proportionnellement davantage. Le minimum légal ne prévoit pas simplement une réduction automatique de cette déduction selon le taux d’activité. Le plan de la caisse peut toutefois offrir une solution plus favorable.

Prenons un salaire annuel de 36’000 CHF. Avec une déduction légale entière de 26’460 CHF, le salaire coordonné serait de 9’540 CHF. Dans un plan qui réduit cette déduction, la base assurée pourrait être sensiblement plus élevée. Il faut comparer les règlements avant de conclure que deux offres d’emploi procurent la même prévoyance.

Lorsque plusieurs emplois restent chacun sous le seuil d’entrée, l’addition des revenus ne provoque pas automatiquement une affiliation obligatoire auprès de chaque employeur. Une assurance facultative peut être envisagée dans les conditions légales, notamment auprès d’une institution qui l’accepte.

Lors d’un changement de taux d’activité, contrôlez le nouveau certificat. Vérifiez le salaire déclaré, la coordination, les cotisations et les prestations de risque. Une simple modification du salaire net ne montre pas l’ensemble de ses effets.

Que devient le deuxième pilier à la retraite ou lors d’un départ ?

À la retraite, les prestations peuvent prendre la forme d’une rente, d’un capital ou d’une combinaison, selon les droits légaux et le règlement. Dans le minimum légal, le droit à demander un versement en capital porte au moins sur un quart de l’avoir de vieillesse pertinent. Les délais d’annonce de la caisse doivent être respectés.

Le taux de conversion légal de 6,8 % concerne la partie obligatoire dans les conditions légales. Il ne faut pas le multiplier sans distinction par tout l’avoir d’une caisse qui comprend une importante part surobligatoire. Les projections du certificat permettent de voir ce que le plan prévoit réellement.

Lors d’un changement d’employeur, la prestation de sortie doit être transférée dans la nouvelle institution de prévoyance. Sans nouvelle caisse, elle doit être conservée dans une solution de libre passage. Elle ne devient pas un montant librement disponible sur le compte bancaire courant.

Un paiement anticipé ou en espèces n’est possible que dans certaines situations prévues par les règles de prévoyance : propriété du logement, départ définitif ou début d’une activité indépendante, par exemple, avec des conditions et restrictions spécifiques. Un départ vers l’Union européenne ne libère pas automatiquement toute la part obligatoire.

Comment lire son certificat de prévoyance ?

Commencez par les données de base : salaire annuel, salaire assuré, taux d’activité et date de validité. Comparez-les avec votre situation professionnelle.

Examinez ensuite les avoirs acquis, les prestations projetées à la retraite et les garanties en cas d’invalidité ou de décès. Une projection repose sur des hypothèses. Elle ne garantit pas que le salaire, le règlement ou les paramètres resteront identiques jusqu’à la retraite.

Le certificat peut aussi indiquer une capacité de rachat. Ce montant ne signifie pas qu’un versement est automatiquement opportun ou fiscalement déductible dans toutes les circonstances. Les retraits antérieurs, la situation familiale et le calendrier de retraite doivent être examinés. Notre article sur le rachat du deuxième pilier détaille cette décision.

Pour l’employeur, comparez les plans sur les prestations et le financement, pas uniquement sur la prime la plus basse. Une prévoyance adaptée contribue à la cohérence de la rémunération globale et doit être expliquée lors de la signature du contrat de travail.

Questions fréquentes sur la LPP

Le deuxième pilier est-il obligatoire dès le premier franc de salaire ?

Non. Le régime légal prévoit un seuil d’entrée et d’autres conditions. Une caisse peut toutefois offrir une couverture plus étendue que le minimum légal.

Pourquoi ma cotisation LPP augmente-t-elle avec l’âge ?

L’épargne vieillesse minimale progresse par tranches d’âge. Votre plan peut également prévoir sa propre structure. Une hausse ne s’explique donc pas uniquement par le taux AVS ou par une variation du salaire brut.

Un temps partiel réduit-il automatiquement la déduction de coordination ?

Non, pas dans tous les plans. Certains règlements l’adaptent au taux d’activité, d’autres appliquent une déduction différente ou assurent plus largement le salaire.

Peut-on retirer tout son deuxième pilier à la retraite ?

Cela dépend du règlement pour la part qui dépasse le droit légal minimal au capital. Il faut vérifier les possibilités et annoncer son choix dans le délai prévu par la caisse.

Comment retrouver un ancien avoir de prévoyance ?

Recherchez d’abord les certificats et documents de sortie des anciens employeurs. La Centrale du deuxième pilier peut ensuite aider à rechercher des avoirs oubliés. Il faut les réunir avant d’évaluer correctement sa retraite ou sa capacité de rachat.

Sources et vérifications

Informations vérifiées le 18 septembre 2026. Les exemples chiffrés sont pédagogiques et leurs hypothèses sont précisées dans le texte. Les situations individuelles peuvent nécessiter une analyse complémentaire.

Sarah Prieur, Experte-comptable diplômée

À propos de l’auteure

Sarah Prieur

Sarah Prieur est experte-comptable diplômée, associée et responsable opérationnelle de Karpeo. Elle accompagne les PME, les indépendants et les entrepreneurs en comptabilité, fiscalité et TVA, et supervise la qualité des dossiers. Avant Karpeo, elle a travaillé huit années en audit chez PwC Suisse, jusqu’au grade de manager.

Sarah Prieur

Sarah est associée chez Karpeo. Experte-comptable diplômée, elle est spécialisée en normes comptables IFRS et en reporting ESG. Elle dispose d’une solide expérience dans l'accompagnement de grands groupes et de sociétés cotées. Son expertise, sa rigueur et son engagement font d'elle une ressource précieuse pour les entreprises qu’elle accompagne.