Goodwill en comptabilité : calcul, dépréciation et exemple

Goodwill en comptabilité : calcul, dépréciation et exemple

Le goodwill apparaît lorsqu’une acquisition fait ressortir un montant résiduel au-delà des actifs nets identifiables. Son calcul et son suivi dépendent du référentiel comptable. Voici comment comprendre ce poste, éviter les confusions et interpréter son effet sur les comptes d’un groupe suisse.

L’essentiel sur le goodwill

Le goodwill, ou survaleur, est un actif résiduel reconnu lors de certaines acquisitions d’entreprises. Dans une acquisition simple à 100 %, il correspond à la différence entre la contrepartie transférée et les actifs nets identifiables reconnus à la date d’acquisition.

  • Il ne correspond pas simplement au prix payé moins les fonds propres historiques.
  • Une marque ou une relation client peut être un actif identifiable séparé.
  • En IFRS complètes, le goodwill n’est pas amorti mais fait l’objet de tests de dépréciation.
  • Les Swiss GAAP RPC prévoient un traitement différent.

Le goodwill intéresse surtout les comptes d’acquisition et de consolidation. Il ne mesure pas automatiquement la valeur commerciale de toute PME.

D’où vient la survaleur lors d’une acquisition ?

Un acquéreur peut payer pour des synergies, une équipe organisée ou des perspectives qu’il espère développer. Ces éléments ne sont pas tous reconnus séparément comme des actifs. Le solde qui subsiste après l’analyse comptable devient du goodwill si l’opération relève des règles correspondantes.

Cela ne signifie pas que tout ce qui est immatériel appartient au goodwill. Une technologie, une licence, une marque ou des relations clients acquises peuvent remplir les critères de reconnaissance distincte. Leur évaluation influence le montant résiduel.

Exemple pratique. Un groupe achète une entreprise de services. Il doit examiner ses contrats clients et sa technologie, même si la cible n’avait jamais inscrit ces éléments au bilan. Omettre cette analyse peut gonfler le goodwill et réduire artificiellement les amortissements futurs des actifs identifiables.

L’article IFRS 3 développe les étapes complètes de cette allocation du prix.

Comment calculer le goodwill ?

Pour une acquisition à 100 %, sans participation antérieure ni intérêts minoritaires, le calcul simplifié est :

Goodwill = contrepartie transférée − actifs nets identifiables reconnus.

Les actifs nets correspondent aux actifs identifiables diminués des passifs reconnus selon les règles applicables à l’acquisition. Les valeurs historiques ne suffisent donc pas.

Exemple pédagogique Montant
Prix d’une activité acquise à 100 % 1’500’000 CHF
Actifs identifiables reconnus 1’200’000 CHF
Passifs reconnus, effets fiscaux inclus −400’000 CHF
Actifs nets identifiables 800’000 CHF
Goodwill 700’000 CHF

Le prix de 1’500’000 CHF est supposé représenter la contrepartie pertinente. Dans un dossier réel, les compléments de prix, éléments différés et paiements liés à un emploi doivent être analysés.

Pour une prise de contrôle partielle ou réalisée par étapes, le calcul IFRS inclut également les intérêts ne donnant pas le contrôle et, le cas échéant, la juste valeur de la participation antérieure. La formule simplifiée ne doit pas être appliquée hors de ses hypothèses.

L’achat d’actions peut par ailleurs apparaître comme une participation dans les comptes individuels de l’acquéreur. Le goodwill de consolidation est une notion distincte. Notre article sur le bilan comptable aide à replacer ces postes.

IFRS, RPC et US GAAP : des traitements différents

Le référentiel doit toujours accompagner le mot « goodwill ». Une règle valable dans un modèle ne peut pas être transposée automatiquement à un autre.

Référentiel Traitement à retenir
IFRS complètes Pas d’amortissement ; tests de dépréciation selon IAS 36
Swiss GAAP RPC 30 Activation et amortissement, ou compensation avec les capitaux propres selon la méthode admise et les informations requises
US GAAP Modèle général sans amortissement ; alternatives possibles pour certaines entités privées admissibles
Comptes légaux suisses Analyse selon le CO et la nature juridique de l’opération ; ne pas reprendre automatiquement le goodwill de consolidation

Selon RPC 30 révisée, applicable dès les exercices ouverts en 2024, le goodwill activé est amorti sur sa durée d’utilité, au maximum vingt ans. Si cette durée ne peut pas être déterminée, la durée est de cinq ans. La compensation avec les capitaux propres impose notamment de fournir les informations prévues sur son incidence théorique.

L’article sur les Swiss GAAP RPC explique l’organisation de ce référentiel. Aux États-Unis, l’option d’amortissement admise pour certaines entités privées montre pourquoi l’affirmation « le goodwill n’est jamais amorti » serait trop générale.

Comment fonctionne la dépréciation en IFRS ?

Le goodwill ne génère généralement pas seul des entrées de trésorerie. Il est affecté aux unités ou groupes d’unités génératrices de trésorerie qui bénéficient des synergies de l’acquisition.

Un test annuel est requis, avec un examen supplémentaire lorsque des indices de perte de valeur apparaissent. On compare la valeur comptable de l’ensemble concerné à sa valeur recouvrable. Cette dernière correspond au montant le plus élevé entre la valeur d’utilité et la juste valeur diminuée des coûts de sortie.

Exemple simplifié. Une unité présente une valeur comptable de 2’400’000 CHF, dont 700’000 CHF de goodwill. Sa valeur recouvrable documentée est de 2’150’000 CHF. Une perte de 250’000 CHF est constatée et imputée d’abord au goodwill, sous les règles applicables. Il reste alors 450’000 CHF de goodwill dans cet exemple.

La charge réduit le bénéfice comptable, sans représenter un décaissement nouveau au moment de l’écriture. Elle traduit cependant une détérioration des perspectives de récupération de l’investissement. En IFRS, une dépréciation du goodwill ne peut pas être reprise ultérieurement.

Badwill : que se passe-t-il lorsque le prix est inférieur ?

Un montant négatif après allocation peut indiquer une acquisition à des conditions avantageuses, mais il faut d’abord revoir le prix, les actifs et les passifs. Un élément oublié ou une mauvaise évaluation peut expliquer le résultat.

En IFRS, après les vérifications exigées, le gain confirmé est enregistré immédiatement en résultat à la date d’acquisition. Il n’est pas étalé librement sur plusieurs années.

Avec les hypothèses simples précédentes, un prix de 650’000 CHF pour 800’000 CHF d’actifs nets donnerait un gain de 150’000 CHF après validation de l’analyse. Ce résultat ne prouve pas, à lui seul, que l’acquisition est une bonne affaire : besoins de financement, litiges futurs et coûts d’intégration restent à examiner.

Le traitement RPC du goodwill négatif diffère du modèle IFRS. Il doit être analysé avec la méthode retenue par le groupe, sans mélanger les référentiels.

Les questions à poser avant et après l’achat

Avant de signer, demandez quels actifs seront reconnus séparément, quels paiements sont variables et quelles hypothèses soutiennent le prix. Après le closing, organisez le suivi des performances par rapport au scénario d’acquisition.

Conservez un dossier qui réunit les évaluations, les budgets approuvés, les taux, les hypothèses de croissance et les sensibilités. Une prévision doit être rapprochée des résultats réalisés pour comprendre les écarts.

Enfin, séparez le suivi comptable du suivi économique. Un goodwill inchangé ne démontre pas à lui seul le succès de l’intégration. Comparez aussi la trésorerie générée, les clients conservés et les synergies effectivement réalisées. Les différences IFRS et US GAAP rappellent également les précautions nécessaires pour comparer deux groupes.

Questions fréquentes

Une entreprise peut-elle créer son propre goodwill au bilan ?

Le goodwill généré en interne n’est pas reconnu comme un actif selon IAS 38. La réputation développée par l’entreprise ne permet pas, à elle seule, d’inscrire une survaleur.

Un goodwill élevé signifie-t-il que l’acquéreur a trop payé ?

Pas nécessairement. Il faut comprendre les actifs identifiés et les synergies attendues. Un montant élevé appelle une analyse des hypothèses, sans suffire à conclure à une surévaluation.

Le goodwill est-il amortissable ?

Cela dépend du référentiel. Il n’est pas amorti en IFRS complètes. Les RPC et certaines alternatives US GAAP prévoient d’autres traitements.

Peut-on reprendre une dépréciation du goodwill en IFRS ?

Non. Même si les perspectives s’améliorent, IAS 36 interdit la reprise d’une perte de valeur antérieure du goodwill.

Le goodwill est-il fiscalement déductible en Suisse ?

Le traitement fiscal dépend notamment de la structure de l’acquisition et des comptes concernés. Un goodwill de consolidation ne crée pas automatiquement une déduction fiscale suisse.

Sources et vérification

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Sarah Prieur

Sarah est associée chez Karpeo. Experte-comptable diplômée, elle est spécialisée en normes comptables IFRS et en reporting ESG. Elle dispose d’une solide expérience dans l'accompagnement de grands groupes et de sociétés cotées. Son expertise, sa rigueur et son engagement font d'elle une ressource précieuse pour les entreprises qu’elle accompagne.