Inventaire comptable en Suisse : compter et valoriser vos stocks

Inventaire comptable en Suisse : compter et valoriser vos stocks

Un inventaire utile ne s’arrête pas au comptage des cartons. Il permet de vérifier ce que l’entreprise possède, ce qui peut encore être vendu et la valeur à retenir dans les comptes. Voici une méthode concrète, avec exemples de valorisation et contrôles de clôture.

L’essentiel sur l’inventaire comptable

L’inventaire comptable permet d’établir et de justifier les éléments du patrimoine de l’entreprise. Pour les stocks, il combine deux travaux : déterminer les quantités réellement détenues et leur attribuer une valeur comptable défendable.

  • Le stock comprend notamment marchandises, matières premières, produits en cours et produits finis.
  • Les quantités doivent être justifiées par un inventaire ou un autre moyen approprié.
  • Une marchandise démodée ou endommagée peut valoir moins que son coût d’achat.
  • Le stock influence le résultat : une erreur de valorisation peut gonfler artificiellement le bénéfice.

Inventaire, stock et immobilisation : quelle différence ?

Le mot « inventaire » désigne parfois le recensement de l’ensemble des actifs et passifs. En gestion quotidienne, il est souvent employé pour le comptage des stocks. Cet article porte principalement sur ce second usage.

Une entreprise de menuiserie peut détenir du bois, des meubles en fabrication, des meubles prêts à vendre et des machines. Les trois premiers éléments sont des stocks. Les machines utilisées durablement dans l’atelier sont des immobilisations, soumises à des règles différentes, notamment les amortissements.

Le classement dépend de l’usage. Une voiture destinée à la revente est un stock pour un garage. Une voiture utilisée pour ses déplacements commerciaux est généralement une immobilisation. Le fait que les deux biens soient identiques ne leur donne pas le même rôle comptable.

Que faut-il compter et à quelle date ?

L’objectif est de justifier les quantités appartenant à l’entreprise à la date du bilan. Ne limitez donc pas le comptage aux objets visibles dans vos locaux.

Situation Point à vérifier
Marchandises dans votre entrepôt Quantité, propriété et état
Biens appartenant à un fournisseur, en dépôt Les identifier séparément et examiner qui en est propriétaire
Votre stock chez un sous-traitant Obtenir une confirmation et les quantités à la clôture
Marchandises en transit Examiner les contrats et le transfert des risques et droits
Retours clients et produits endommagés Éviter les doublons et apprécier leur valeur
Travaux en cours Documenter l’avancement et les coûts attribuables

L’article 958c CO exige de justifier les postes du bilan par un inventaire ou d’une autre manière. Il n’impose pas que chaque PME ferme nécessairement le 31 décembre pour tout compter. Un comptage à une autre date peut être exploitable si les mouvements jusqu’à la clôture sont suivis et rapprochés de manière fiable.

La direction reste responsable des comptes. La présence éventuelle du réviseur au comptage ne transfère pas cette responsabilité au cabinet d’audit.

Une méthode de comptage en six étapes

  1. Délimitez les zones. Numérotez les emplacements et attribuez chaque zone à une équipe.
  2. Préparez les références. Une même marchandise doit être identifiée de manière cohérente dans les achats, ventes et stocks.
  3. Encadrez les mouvements. Suspendez temporairement les entrées et sorties ou consignez-les précisément pendant le comptage.
  4. Comptez et décrivez l’état. Notez quantités, unités, articles abîmés et marchandises anciennes.
  5. Recomptez les écarts significatifs. Cherchez leur origine avant de modifier les données.
  6. Validez le rapprochement. Conservez les feuilles, dates, responsables et corrections approuvées.

Le comptage en binôme et les contrôles indépendants sont de bonnes pratiques à adapter à la taille de l’entreprise. Ils ne constituent pas une obligation uniforme imposant deux personnes dans chaque petite structure.

Comment calculer la valeur des stocks ?

À l’entrée, le stock est évalué au plus au coût d’acquisition ou de revient. Le coût d’achat tient compte des frais directement attribuables et des réductions obtenues. La TVA récupérable ne fait normalement pas partie du coût ; une TVA non récupérable peut y entrer.

Pour des produits fabriqués, le calcul du coût de revient doit reposer sur une méthode documentée : matières consommées, travail de production et frais attribuables. Le prix de vente espéré ne remplace pas ce calcul.

Pour des articles interchangeables achetés à des prix différents, deux méthodes courantes permettent d’affecter les coûts :

  • FIFO : les premières unités entrées sont réputées sorties en premier pour le calcul ; le stock final reprend donc les coûts des achats les plus récents.
  • Coût moyen pondéré : le coût total disponible est réparti sur les quantités correspondantes.

Ce sont des conventions de valorisation. FIFO ne signifie pas que l’entreprise a forcément suivi physiquement chaque unité vendue. Le coût moyen peut être recalculé à chaque entrée ou sur une période, selon le système retenu.

Exemple : FIFO et coût moyen donnent-ils le même résultat ?

Une entreprise commence avec 100 unités à 10 CHF, puis en achète 100 à 14 CHF. Le coût disponible atteint 2’400 CHF pour 200 unités. Elle en vend 120 ; il reste 80 unités.

Calcul FIFO Coût moyen pondéré
Coût unitaire retenu pour le stock final 14 CHF 12 CHF
Quantité finale 80 80
Valeur du stock final 1’120 CHF 960 CHF
Coût des unités sorties 1’280 CHF 1’440 CHF

Le stock final diffère de 160 CHF, et le résultat aussi, toutes choses égales par ailleurs. Cela justifie une méthode constante. Changer de méthode uniquement pour atteindre un bénéfice souhaité compromet la comparabilité des comptes.

La méthode LIFO n’est pas à appliquer par défaut. Son admissibilité dépend du référentiel ; elle est notamment interdite en IFRS. Pour une PME en comptes statutaires suisses, le choix doit rester cohérent avec le CO et le traitement fiscal applicable.

Quand faut-il réduire la valeur du stock ?

Selon l’article 960c CO, si la valeur vénale diminuée des coûts résiduels prévisibles est inférieure au coût, cette valeur plus basse doit être retenue.

Exemple : un lot a coûté 5’000 CHF. Sa vente devrait rapporter 3’800 CHF, mais il reste 300 CHF de frais nécessaires pour le vendre. La valeur à retenir est de 3’500 CHF : une correction de 1’500 CHF est nécessaire.

Documentez les indices : ancienneté, ventes récentes, produits remplacés, dommages, coûts de remise en état. Une baisse réelle de valeur ne doit pas être confondue avec une réserve latente supplémentaire. Leur justification comptable et leur admissibilité fiscale se traitent séparément.

Quel effet sur les comptes et sur la gestion ?

Dans une présentation simplifiée, le coût des marchandises vendues correspond au stock initial, augmenté des achats, puis diminué du stock final. Surévaluer le stock final réduit donc la charge et augmente le bénéfice à tort.

L’augmentation des stocks peut également absorber de la trésorerie. Une entreprise peut afficher une bonne marge tout en immobilisant son argent dans des produits qui se vendent lentement. Le fonds de roulement aide à relier ces décisions à son financement.

Après l’inventaire, examinez les références sans mouvement, les écarts répétés et les achats supérieurs aux besoins. Le bouclement annuel devient alors un point de départ pour mieux commander et suivre les pertes.

Questions fréquentes

L’inventaire concerne-t-il seulement les commerces ?

Non. Les fabricants, artisans et entreprises de services peuvent détenir des marchandises, des produits en cours ou des prestations non facturées. La méthode doit correspondre à l’activité.

Faut-il valoriser le stock au prix de vente ?

Pas en règle générale. Le point de départ est le coût d’acquisition ou de revient, avec une correction lorsque la valeur de réalisation nette est plus basse.

Un logiciel de stock remplace-t-il le comptage ?

Il facilite le suivi, mais ses données doivent rester justifiables. Des contrôles physiques permettent notamment d’identifier pertes, erreurs d’unités, vols et produits endommagés.

Le réviseur doit-il toujours assister à l’inventaire ?

Non. Les travaux du réviseur dépendent du type de contrôle, des risques et de l’importance du stock. En contrôle restreint, il ne certifie pas automatiquement l’existence ou le bon fonctionnement de tout le contrôle interne.

Combien de temps conserver les feuilles d’inventaire ?

Lorsqu’elles justifient les comptes, conservez-les avec le dossier comptable pendant le délai légal de dix ans, en maintenant leur lisibilité et le lien avec les chiffres du bilan.

Sources et vérification

Sarah Prieur

Sarah est associée chez Karpeo. Experte-comptable diplômée, elle est spécialisée en normes comptables IFRS et en reporting ESG. Elle dispose d’une solide expérience dans l'accompagnement de grands groupes et de sociétés cotées. Son expertise, sa rigueur et son engagement font d'elle une ressource précieuse pour les entreprises qu’elle accompagne.